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| Juin 2012 | ||||||||||
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Une porte. Il ouvre cette porte. Derrière cet odieux grincement, lui-même. Grand échalas grimaçant, les jambes apparentées à des branches d’arbre mort, longues et tordues, prêtes à se fendre. Un long cou, violé par quelques grosseurs ça et là, son visage grisâtre et moribond était percé de deux yeux noirs et luisants. Sa barbe charbonneuse et clairsemée faisait écho à sa chevelure raide, ressemblant à une espèce de paille sèche, rare, mais néanmoins ébouriffée.
La vision de son propre corps décharné le laissa de marbre. Oui, de marbre se dit-il. J’ai déjà un pied dedans, maugréa t-il, non sans un sourire ironique. Cette qualité d’autodérision n’avait pas encore disparue, elle lui avait d’ailleurs value d’être apprécié de son « vivant ». Maintenant que je pue la mort, plus personne n’ose écouter les sarcasmes que je m’adresse…
Se tenant, là, face à ce miroir de salle de bain, ne sachant que faire, il se demandait s’il n’allait pas rester ainsi toute la nuit, debout, les pieds nus sur ce carrelage froid, à sentir des petites fourmis dans ses jambes et se perdre dans le vide de son esprit. Voyager, sentir la poudre des pétards de son enfance, la peau du lait qu’il détestait tant, entendre le bruit de la soupe qui bouillonne sur la vieille gazinière de sa grand-mère.
Vibrer aux souvenirs de ses premiers émois, à la douceur explosive de son premier baiser. Oui, mourir pour revivre son premier baiser. La première fois qu’il a eu un grand lit, fier d’être « grand », sa première nuit d’amour, comique et attachant fiasco…
Oui, revivre pour sentir les embruns de la plage du Havre une dernière fois, la douceur d’un chaton, le mariage d’Inès, les films d’Hitchcock et le gâteau du dimanche…
Son premier joint au Pérou, ses orteils qui craquent et l’odeur de maman. Et ses voyages, tous ces voyages ! Aurais-je le temps de tout refaire dans ma vie ? En une nuit ? Inventer des mots, cracher par la fenêtre, écouter les voisins, ramasser des champignons, flâner, boire du vin en faisant semblant d’être connaisseur, séduire, prendre un ascenseur et essayer de compter les étoiles.
Aurais-je le temps ? Dis, aurais-je le temps ? Et auront-ils le même goût que la première fois en sachant que ce sera la dernière ?
Ciel, je n’ai fais qu’avancer dans ma vie, pourquoi reculer maintenant ?
Il éclata de rire. Je suis prêt. Et autant échanger ce carrelage froid contre un lit chaud et moelleux.
Depuis bien longtemps il s’endormit, apaisé, un sommeil sans nuages. Sauf celui qui était venu le chercher…